Rugby, meufs et djeuns
Par Greg Tardy le vendredi, octobre 5 2007, 17:23 - Coupe du Monde - Lien permanent
Le rugby, pour ceux qui ne s'y intéress(ai)ent pas, a longtemps ressemblé à quinze brutes aux oreilles en choux-fleurs filant des bourre-pifs à quinze autres sauvages, qui eux passaient leur temps à s'essuyer les crampons sur la tronche des premiers. Et après le match, ils allaient tous boire des bières ensemble, ces tarés. Aujourd'hui il attire un nouveau public, notamment chez les femmes et les jeunes. Mais qu'est-ce qui se passe ?
La Coupe du Monde organisée en France constitue une opportunité de développement unique pour le rugby hexagonal. Elle donne une visibilté sans précédent à ce sport de combat collectif, et permet via la médiatisation de cet événement d'attirer de nouveaux publics, en particulier les femmes et les jeunes, pour des raisons différentes.
Femmes et rugby : "la maman et la putain" ?
Lorsque l'on évoque la féminisation du public du rugby, on parle d'un phénomène tangible et massif en comparaison à d'autres sports.
Il y a six mois, lors du Tournoi des 6 Nations, les femmes représentaient 32% des téléspectateurs (téléspectatrices, donc). Elles constituent selon Médiamétrie environ 40% du public télé des matchs de l'équipe de France depuis le début du Mondial. Lors de la saison 2006/2007 du championnat de France, un tiers des tribunes des stades était occupé par des femmes.
Marie-Cécile Leprat (directrice des relations extérieures chez Havas Sports) avance un premier élément d'explication de ce phénomène :
Il y a un aspect primordial à leurs yeux : au rugby, il n'y a pas de violence autour ni dans les stades. Elles peuvent y accompagner sans crainte leur mari, leurs enfants, pour partager un moment en famille (...) Soucieuses de l'éducation de leurs enfants, les mères de familles apprécient l'aspect pédagogique des valeurs de solidarité, de générosité, de courage.
La femme en tant que maman, donc. L'ambiance n'est pas violente au stade, les petits apprennent des principes. Les pratiquants et les fans de l'ovale s'accordent pour attribuer au rugby des valeurs tel que les respect. Respect de l'autre et respect des règles notamment, qui se manifeste par quelques principes simples :
- seul le capitaine de l'équipe a le droit de s'adresser à l'arbitre. Il peut par exemple lui demander des explications quant à ses décisions.
- si un autre joueur s'adresse à l'arbitre ou conteste sa décision, toute son équipe recule de 10 mètres, et le ballon est rendu à l'adversaire.
- si les joueurs d'une équipe font de l'anti-jeu à répétition (lorsqu'ils enterrent le ballon dans les regroupements par exemple), l'arbitre adresse au dernier joueur fautif un carton jaune, synonyme d'exclusion pendant 10 minutes.
L'arbitre de rugby, qui pourrait sembler un peu seul pour diriger trente solides gaillards, dispose donc de moyens efficaces pour faire respecter le règles et l'esprit du jeu.
Les mamans sont ravies que le rugby inculque à leurs enfants ce respect des règles qui est d'autant plus flagrant lorsqu'on le compare aux insultes et aux bousculades dont les arbitres de football sont victimes à chaque match. Il est à cet égard intéressant de noter que le Directeur Executif de la Fédération anglaise de football, Brian Barwick, appelle aujourd'hui à adopter certaines règles du rugby pour faire respecter les arbitres.
Bien entendu, un autre aspect attire le public féminin vers le rugby : les joueurs. Le désormais célèbre calendrier des Dieux du Stade dans lequel des joueurs posent nus a fondamentalement transformé l'image du rugbyman : on est passé des oreilles en choux-fleurs aux fessiers de fer. Du viril (Chabal plaît à ces dames), de la belle gueule (Michalak défile pour Christian Lacroix), mais aussi de la sensibilté (Dominici et ses confidences tourmentées), le rugbyman ne serait-il pas l'Homme Moderne par excellence ?
La "femme séductrice" voit dans le rugbyman l'idéal masculin. Des hommes avec des muscles et des gueules, mais aussi un intellect, le rugby étant un sport complexe, tactique. (Marie-Cécile Leprat)
La femme-putain, pour compléter le parallèle avec le film de Jean [Eustache. Mais réduire le rapport femmes/rugby à ces deux éléments serait oublier un peu vite que les femmes jouent également. Et pas qu'un peu : l'hiver dernier a eu lieu au Canada la cinquième Coupe du Monde de rugby féminin, dont la finale Angleterre - Nouvelle-Zélande a été remarquable par la qualité du jeu pratiqué par les trente joueuses.
Pour les jeunes, un sport de convivialité et de spectacle
L'attirance nouvelle qu'éprouvent nombre de jeunes pour le rugby peut s'expliquer par l'atmosphère qui règne dans les stades ou dans les bars qui retransmettent les matchs. N'en déplaise à Marie-Cécile Leprat, l'absence de violence physique ou d'insultes racistes plait autant aux hommes qu'aux femmes, et n'explique pas plus l'adhésion des "femmes-mamans" que celle des jeunes hommes urbains et intellos précaires. Quand on a un physique de casse-croûte de chômeur, on est content de ne pas risquer une baston à chaque fois qu'on va voir un match. Soutenir une équipe en pouvant partager un bon moment avec son voisin, qui en soutient une autre, c'est agréable, et ça rend convivial un événement sportif. Et si en plus une grande partie du public est constitué de femmes, alors même le jeune geek est prêt à se mettre au rugby.
Enfin l'évolution récente du rugby vers plus de spectacle, de mise en scène, a créé un appel d'air pour le public jeune. Initié par Max Guazzini, Président
du Stade Français Paris, le rugby-showbiz se développe. Il s'agit de créer un véritable événement autour d'un "simple match", en organisant un spectacle avant le match, en créant des formules "package" à bas prix incluant le billet, le transport et l'hébergement, en distribuant gratuitement des milliers de drapeaux, en faisant l'actualité lorsque sort la nouvelle édition dudit calendrier des Dieux du Stade, etc. Cette évolution d'un rugby "cassoulet-vin rouge" (qui restent des valeurs sûres néanmoins) vers un rugby spectacle-paillettes a permis d'attirer de nouveaux publics, tout en conservant la base traditionnelle des fans de ce sport. Qu'aller voir un match devienne une "expérience" : on retrouve là une des grandes tendances actuelles du marketing. Une fois que le poisson est ferré, il ne reste plus qu'à ce que le spectacle soit à la hauteur pour qu'il revienne. Et là encore, le rugby possède une avantage indéniable, comme l'expliquait Max Guazzini :
Ce nouveau public se rend compte que l'on ne s'ennuie pas dans un match de rugby. Impossible de voir un 0 - 0. Et même si les règles sont compliquées, le fond est simple.
Commentaires
La magie de l'internet wireless : g decouvert ce billet tout juste maintenant que son auteur, avec lequel je partage un dîner à l'honneur d'un Toulosain qu'on aime, m'en a parlé avec enthousiasme. Mais je dois dire que je continue de trouver ce sport beau, avec une belle personnalité mais franchement incompréhensible.
Article à nouveau très intéressant qui met en valeur l'aspect fédérateur de ce sport sous fond d'analyse sociologique très pertinente.
Je suis une fille et je dois avouer que, même si, en ce qui me concerne, l'attrait pour ce sport tient à un héritage familial, j'ai constaté un net regain d'intérêt chez nombre de mes amies qui, autrefois, voyaient dans le rugby-man un savant croisement végétalo-bovin ...
J'ai tout de même peur que la starification et le côté très marketing que tu évoques ne soient dommageables au rugby authentique. Comme toutes les stars ou les tendances du moment, j'ai peur qu'une fois l'effet de "mode" passé, les projecteurs ne se tournent vers une autre cible tendance et que le rugby ait du mal à retrouver ses marques et son vrai public.
Quoi qu'il en soit, le jeu, lui, sera toujours là pour satisfaire ceux qui savent l'apprécier (en tout cas j'espère!)
Moi j'aimais bien les bourre-pifs...
Les vielles traditions se perdent, moij'vousl'dis!
Je ne puis resister à citer un article sur la féménisation du rugby (dans les spactatrice du moins) article du Temps (Suisse) samedi dernier:
+++Si l'on observe les chiffres par tranche d'âge, on s'aperçoit que c'est chez les 25-34 ans que le ballon ovale frappe le plus fort avec 53,8% de parts de marché. Cette vérité numérique ne semble pas émouvoir davantage Pierre Salviac. «J'ai 61 ans et donc quelques années d'expérience en matière de rugby et de journalisme. Je sais que l'on fait dire aux chiffres ce qu'on veut. Il faut s'en méfier. Ce qui m'interpelle, c'est qu'il ne viendrait jamais à l'idée aux médias de dire qu'il y a de plus en d'hommes qui s'intéressent à la natation synchronisée.» Cet ancien commentateur, licencié par France Télévisions, et désormais chroniqueur sur RTL, serait-il devenu aigri?+++
natation ou pas j ai un sacré mal de tête ce matin...
Colonel c'est un véritable plaisir de vous rencontrer sur ces pages rugbistiques.
Je remarque cependant que les auteurs de ce blog ne sont pas aussi urbains que nous pourrions l'esperer...
Répondrons-t-ils à nos commentairespassionnés?
Colonel c'est un véritable plaisir de vous rencontrer sur ces pages rugbistiques.
Je remarque cependant que les auteurs de ce blog ne sont pas aussi urbains que nous pourrions l'esperer...
Répondrons-t-ils à nos commentairespassionnés?
Merci pur tous ces commentaires. FFQ, vivre une coupe du monde de rugby depuis la Colombie, je dis chapeau !
@Colonel : merci pour la citation du Temps, je vois que tu commences à lire les articles sur le rugby : rien n'est impossible !